L'AGRICULTURE BIOLOGIQUE

Paul Pascotto (Agrobios)

Ingénieur Agricole

Septembre 1975

Interview de Paul Pascotto, Ingénieur Agricole, conseiller scientifique à Vie et Action, auteur, sous le nom d'Agrobios, des ouvrages "Cours de jardinage biologique" et "Production biologique du fruit" (Ed. Vie et Action). Il expose ce qu'est l'agriculture biologique (également appelée, en anglais, agriculture "organique"), ses buts et ses méthodes et en quoi elle diffère de l'agriculture chimique.

Paul Pascotto

Paul Pascotto (Agrobios)
en 1978 (crédit Vie et Action)

Paul Pascotto, qu'est-ce que l'agriculture biologique?

C'est une agriculture qui cherche à produire sainement. C'est la solution pour une alimentation naturelle et de santé. Elle est à l'écoute de la nature: on doit copier les processus vitaux de la forêt et de la prairie. C'est aussi une reconversion mentale: Travailler sur des bases saines et ne pas se laisser embarquer par les conditionnements de la publicité.

On a dit: "les amateurs de l'agriculture biologique peuvent se rendre compte que les champs maintenus sans engrais depuis 1875 à l'INA de Grignon ont un rendement de 6,8 quintaux de blé à l'ha contre 40 dans une exploitation normale". Qu'en pensez-vous ?

C'est une affirmation malhonnête qui montre que la recherche officielle est une officine de la société de profit. L'agriculture biologique utilise des engrais, mais pas des engrais chimiques et pas de pesticides chimiques. L'agriculture biologique est calomniée en France, encouragée en Angleterre, en Allemagne, en Suisse, au Japon et libre aux U.S.A.

L'un des pionniers, Sir A. Howard observait les cultures traditionnelles chinoise et indienne. 12 personnes et 4 animaux peuvent vivre sur 1 ha, en culture mixte (blé + légumineuses). En utilisant des outils fouisseurs, le sol n'est pas retourné, les fertilisants sont uniquement organiques. Si ces pays sont sous-développés, cela est dû non à l'agriculture mais à l'organisation de la société comme le montre l'exemple de la Chine.

En France, les exploitations agrobiologiques obtiennent après conversion nécessaire, des rendements au moins égaux aux autres exploitations.

On a dit: "l'agriculture biologique, c'est refuser le progrès, c'est revenir au Moyen Age".

Un ministre, Michel COINTAT, a dit que c'était une agriculture des Bantous, expression largement répandue par la presse. Cette grosse erreur prouve que l'Agriculture Biologique gêne ceux qui gagnent des fortunes à polluer l'homme, la plante, l'animal, la planète. L'Agriculture Biologique emploie les techniques modernes, mais pas les poisons. Les résultats obtenus de nos pratiques culturales sont issus d'expériences scientifiques qui dépassent les connaissances actuelles des sciences agronomiques.

On a dit encore: "L'agriculture biologique ne peut résoudre le problème de la faim. La généraliser aboutirait à la famine".

L'agriculture chimique est incapable de résoudre ce problème. Les deux tiers de l'humanité ont faim. Les famines du Moyen Age sont remplacées par les famines mondiales de la surproduction des uns et de la misère des autres. L'agriculture officielle enrichit non pas les agriculteurs mais leurs fournisseurs. On emploie de plus en plus d'engrais, de pesticides, de machines. Le prix de revient du produit croît sans cesse. Ceci en pillant les pays sous-développés, les matières premières et l'énergie nécessaires à la fabrication des machines et des produits chimiques (jusqu'à la crise du pétrole).

L'agriculture biologique produit autant. Mais en plus, elle est facile à copier par les agriculteurs des pays pauvres parce qu'elle fait appel d'abord aux ressources naturelles locales et non aux fournitures industrielles chères. En cas de catastrophes naturelles, la plante ainsi cultivée résiste beaucoup mieux et s'adapte, contrairement à la plante hautement sélectionnée et fragile de l'agriculture officielle.

La moisson d'août 1975 terminée montre une chute de 20% de la récolte attendue. Causes: pas d'hiver, printemps froid.

Enfin, en cas de crise économique, de difficultés d'approvisionnement que faire si les pesticides manquent ou sont inabordables? Les cultures, envahies par les ennemis, seront détruites. L'agriculture biologique est indépendante et ne connaît pas ce problème.

On reproche à l'agriculture biologique de fournir des produits chers, réservés à une élite de consommateurs.

Ce n'est pas un problème de production, mais de distribution. Les agrobiologistes doivent s'organiser sinon ils ont difficilement accès au marché. En Suisse, le Dr Müller a développé un réseau de distribution sous forme coopérative qui regroupe 900 producteurs. Les produits y sont plus chers de 10 à 30 % selon espèces et saisons. C'est une dépense supplémentaire que les consommateurs récupèrent en frais de santé.

On avance le cas des agriculteurs débutant en agriculture biologique, qui devant l'excès de travail, n'obtiennent que de mauvaises récoltes.

C'est qu'ils ont essayé de réformer leurs méthodes, mais pas leur mentalité. Ils n'ont pas senti la nature. Ils ont supprimé tout traitement avant que le sol ne soit rééquilibré. D'autre part il est faux de dire que l'agriculture biologique demande plus de travail. Parfois elle en demande beaucoup moins (méthode Pain, et compostage de surface). En conséquence la conversion doit être soigneusement réfléchie et programmée dans le temps.

Quelles sont les méthodes de l'agriculture biologique?

Elles sont sous-tendues par un principe essentiel: redonner vie à la terre. Le sol est vivant. Dans les couches supérieures, dans l'humus, vivent de nombreux microorganismes. Il faut d'abord reconstituer cet humus vivant, par des matières organiques. On ne retourne pas le sol afin de ne pas bouleverser et désorganiser cette vie. Seul le grattage superficiel est admis. L'humus est consommé par les êtres vivants et les plantes donc il faut en apporter constamment. Un sol riche en humus se travaille facilement.

La vie du sol se manifeste également par la présence de vers de terre, les alliés de l'agriculture. Ils labourent, construisent des galeries pour la circulation de l'eau et de l'air et enrichissent la terre par leurs déjections, en calcium, magnésium, azote, potassium, phosphore et oligoéléments. Mais ils sont tués par les produits chimiques.

Les fertilisants sont avant tout organiques: apport primordial, nécessaire, permanent, assurant la vie intense et l'équilibre naturel du sol. L'agriculture chimique les utilise également, mais accessoirement, s'ils sont bon marché. Ce sont les composts, fournis par la décomposition des déchets ménagers urbains recyclés, fumier, plantes, sciure, etc... et les engrais verts (crucifères et légumineuses). On utilise aussi des engrais minéraux mais pas d'engrais chimiques. Ceux-ci sont solubles, immédiatement et directement assimilables par la plante qui est suralimentée et perd sa résistance. L'agriculture chimique nourrit la plante, l'agriculture biologique nourrit le sol qui nourrit la plante. L'engrais chimique fournit des doses énormes qui dépassent la dose nécessaire. La chaîne biologique fournit, en temps voulu, la petite dose nécessaire. La chimie industrielle est loin de produire tous les éléments dont la plante a besoin; seulement la trilogie azote, phosphore, potassium (N-P-K). L'agriculture biologique apporte le nécessaire par les fertilisants organiques. On peut compléter par de la poudre de roche, du lithothamne (algue calcaire broyée). L'azote provient du compost, de l'action des bactéries de surface et des racines des légumineuses. L'excès d'azote par les engrais chimiques pousse à la végétation, donnant une belle apparence mais la fragilité. L'apport chimique de potassium perturbe la vie du sol et de la plante et produit des déséquilibres en magnésium, calcium, sodium, manganèse et oligoéléments. La plupart des sols en ont suffisamment. Quant au phosphate, on l'apporte sous forme de phosphate naturel broyé mécaniquement.

En ce qui concerne la défense des cultures, le premier moyen est de renforcer la résistance naturelle de la plante en rétablissant les équilibres vitaux. C'est la forêt qui nous donne l'exemple. D'abord reconstituer l'humus , puis le protéger par le couvert, soit apporté (épandage d'engrais vert broyé, de matières organiques) soit cultivé (engrais vert semé entre les rangs de la culture). Il maintient l'humidité, diminue la quantité de mauvaises herbes, évite les binages, protège la vie du sol, augmente la résistance de la plante. L'engrais chimique rompt cet équilibre.

Enfin l'agriculture biologique s'attache à recréer des structures agricoles respectant cet équilibre. Il ne s'agit pas d'empêcher le remembrement, mais de reconstituer haies, bosquets, rideaux, fossés (le bocage) sans changer le microclimat, sans bouleverser le régime des eaux, sans laisser passer les vents dominants, sans rendre les paysages inhumains et sinistres. Les tragédies climatiques de la Bretagne sont dues au remembrement basé sur le rendement mécanique et non sur la plastique du paysage et de sa marque millénaire.

Il existe plusieurs variantes d'agriculture biologique. En quoi diffèrent-elles?

Il existe 5 méthodes, toutes basées sur l'HUMUS produit par le compostage des matières organiques.

Les pionniers. ont été STEINER et PFEIFFER, à la fin du siècle dernier (biodynamie) et Sir Albert HOWARD en Inde (méthode Indore). La première méthode tient compte des influences cosmiques et telluriques pour préparer les dynamiseurs. La seconde part de l'exemple de la culture chinoise et indienne traditionnelle. Les recherches ont donné naissance à 3 nouvelles méthodes. La méthode de RUSCH et MULLER (compostage de la surface), la méthode LEMAIRE-BOUCHER (emploi du lithothamne et de plantes aromatiques), la méthode PAIN: compostage des broussailles, pas d'arrosage, un seul couvert annuel, un seul travail du sol annuel, aucun traitement.

Ces méthodes sont équivalentes. On les choisit selon les conditions, les circonstances, le tempérament. Toutes amènent des produits sains, vivants; toutes préservent la santé du consommateur et toutes annoncent un nouvel état d'esprit, une nouvelle façon de vivre.

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Mise en ligne 20 mai 2006