L'éducation sexuelle
Alain Boudet
Novembre 1977
Le dossier Éducation sur ce site
La pédagogie de Célestin Freinet
L'éducation
sexuelleRésumé: L'éducation sexuelle consiste à apprendre à connaitre l'autre sexe pour avoir des relations harmonieuses sur tous les plans de la personne. Elle a pour but l'accomplissement de la personnalité individuelle et sociale et à ce titre, elle ne peut être séparée de l'éducation en général. Elle vise à donner aux individus équilibre et bonheur.
Depuis 1977, époque à laquelle a été écrit cet article, la mentalité a évolué, on parle librement de la sexualité et on trouve facilement de la documentation. Toutefois, la mise en place d'une éducation sexuelle véritable telle que définie dans ce texte a-t-elle eu lieu, mis à part quelques initiatives locales telles que celles effectuées par le Planning Familial? L'essentiel de la réflexion demeure d'actualité.
*Perte de contact avec la nature: les enfants n'observent pas l'amour, la reproduction des plantes et des animaux.
*Affaiblissement des contacts familiaux: la famille se disperse, les parents délaissent leurs responsabilités d'éducateurs et se déchargent sur les spécialistes.
*Naissance d'une morale artificielle, à partir du 19ème siècle, sous l'influence de la grande bourgeoisie chrétienne, selon laquelle le nu est proscrit. Le nu devient lié à la sexualité et elle-même à la honte.
*Parallèlement, la recherche du profit fait éclore des publicités chaque jour plus érotiques. Le sexe se vend bien, mais l'érotisme est à l'opposé d'une véritable éducation sexuelle. Nos enfants doivent pouvoir juger sainement et être parés contre les déviations de la sexualité.
*La publicité diffuse l'image type d'une femme surféminine, ménagère ou objet sexuel, et d'un homme surviril, séducteur. A chacun sont attribuées des tâches bien définies: la mécanique pour l'homme, la couture pour la femme, etc... L'éducation sexuelle a pour but de démythifier cette fausse sexualité pour retrouver des adolescents équilibrés, sans préjugés sur la valeur sexuelle de leur travail ou de leur profession.
*De plus en plus, les femmes travaillent à égalité avec les hommes. Hommes et femmes collaborent et il est nécessaire que chacun se considère comme des personnes humaines douées d'intelligence et de sensibilité et pas seulement comme un objet sexuel. L'éducation sexuelle permet de comprendre l'autre sexe.
*Dangers d'une méconnaissance du corps et de la sexualité: parce que nous sommes faits de chair, la sexualité nous attire, mais l'éducation traditionnelle nous demande de nous faire violence en repoussant cette sexualité. Ce conflit interne crée souvent des angoisses qu'il convient d'apaiser, car elles sont à l'origine de troubles de la personnalité, de comportements anormaux (exhibitionnisme, prostration, homosexualité, timidité excessive, difficultés de relation...).
L'éducation sexuelle a un rôle essentiel dans la préparation au bonheur du couple: épanouissement sexuel, jouissance sexuelle, préparation au rôle de père, de mère, etc...
En fait l'éducation sexuelle a pour but l'accomplissement de la personnalité individuelle et sociale et à ce titre, elle ne peut être séparée de l'éducation en général. Elle vise à donner aux individus équilibre et bonheur.
Il ne s'agit pas de séparer l'information qui serait réservée aux éducateurs, et l'éducation sexuelle débouchant sur une morale sexuelle, laquelle serait laissée aux parents. Cette dissociation faite par de nombreux éducateurs trahit la difficulté de définir une morale sexuelle qui soit acceptable pour tous. Certains recommandent la pureté, d'autres la liberté sexuelle.
Tant qu'elle hésitera entre des morales, opposées certes, mais également moralisantes, tant qu'elle se demandera ce qu'il faut recommander, valoriser, prêcher (et même si elle se décide pour une morale ou l'autre, tout comme si elle opte pour la non option et laisse aux parents, qui en sont presque toujours incapables, le souci de "choisir"), l'éducation sexuelle ne pourra d'abord prétendre être une véritable éducation et ensuite elle risque fort d'être plutôt génératrice de conflits et d'incertitudes que d'équilibre et de sérénité. (1)L'éducation sexuelle, c'est l'éducation de la relation, qui ne peut aller sans une éducation de la lucidité et de la connaissance de soi (analyse de situations, de comportements, de cas...).
Comme pour tout ce qui concerne le vivant, on ne peut donner de méthode générale, de recette pratique. Chaque cas est particulier.
Pour les petits, il suffit de répondre honnêtement aux questions qu'ils posent. Le problème est plus délicat avec les adolescents. Surtout, ne pas les forcer à l'information: ceux qui la refusent indiquent des troubles de la personnalité. Il faut éviter également de donner l'information sexuelle sous forme de livre, car la relation avec l'autre, essentielle dans l'éducation sexuelle, est ici absente. A l'exposé magistral, préférons la discussion individuelle ou par petits groupes, qui permet de laisser l'initiative de la recherche au groupe. L'éducateur apporte des informations lorsque le groupe en ressent le besoin pour sa progression.
L'éducateur doit éviter d'apporter l'information aux enfants ou de réunir un groupe de réflexion de façon artificielle, sans que cela corresponde aux besoins des enfants ou adolescents. Cela traduirait alors plutôt des difficultés sexuelles de la part de l'éducateur qui les projette sur les autres. Bien au contraire, l'éducateur doit s'efforcer d'écouter les autres et de répondre à leur demande et uniquement à elle. L'éducation sexuelle peut alors se faire, assez souvent, de façon tout à fait naturelle. Par exemple, on encourage les activités mixtes où la collaboration entre sexes est nécessaire. Si des difficultés surviennent, il importe que les participants réfléchissent et en analysent les causes. Cela peut être le point de départ d'une prise de conscience de certains problèmes sexuels.
Le naturisme, qui consiste à se mettre nu quand les vêtements sont inutiles ou gênants, est une pratique intéressante pour qui y est préparé (voir article Se mettre à nu), car le schéma corporel peut s'y acquérir naturellement. Les conflits dus à la séparation du corps en parties nobles et honteuses s'estompent. On s'entraine à se sentir bien tel qu'on est.
Constatons que l'éducation sexuelle est délicate: l'éducateur ne dispose pas d'une méthode générale, mais c'est quelqu'un qui sait ressentir les motivations du comportement de l'autre. Son rôle est de susciter une réflexion personnelle aboutissant à une manière personnelle de vivre sa sexualité (1) et non d'imposer sa propre morale. L'animateur n'est pas un moraliste, s'abstient de porter des jugements de valeur et s'abstient plus encore de proposer des solutions tout élaborées aux problèmes d'éthique que rencontre forcément le groupe (1).
L'animateur doit savoir que le comportement sexuel apparat souvent comme investi d'une fonction de compensation et traduit une difficulté de relation, une disharmonie avec le milieu (1). Exhibitionnisme, flirt peuvent n'être que défoulement, soupape de sécurité. Il ne sert à rien de les interdire, il faut d'abord remédier aux causes: les difficultés de relation avec le milieu (camarades, parents, éducateurs, etc...).
Pour cette raison, gardons-nous de toute condamnation, moralisante ou culpabilisante, mais sans perdre de vue que si elle reste ainsi fuite du réel et moyen de compensation et de consolation, la sexualité risque de rester centrée sur l'individu, au lieu de devenir ce qu'elle doit être: un mode de communication et de relation. (1)
(1) Une expérience d'éducation sexuelle, Henry TAVOILLOT, Aubier Montaigne, 1969, réédition 1992
Mise en ligne 30 avril 2006
Texte conforme à la nouvelle orthographe française (1990)